Designer par accident

Par Frances Berriman

Bien que je me présente comme développeuse front‑end puisque j’écris beaucoup de HTML et de JavaScript, je me retrouve à passer mes journées les plus productives à étudier et concevoir des produits et des services en ligne, idéalement avec beaucoup de données et de faits.

J’aime beaucoup cela, mais au fur et à mesure cela finit par déclencher chez moi une crise d’identité : « Suis‑je développeuse ou designer » ?

Certains collègues m’ont soufflé que je niais être une designer — principalement parce que je ne suis pas une designer visuelle : je ne fais pas de dessins ni de graphisme et Photoshop n’est pas mon outil de prédilection — je travaille « dans » le navigateur. Ils m’ont également dit que si je n’identifiais pas plus clairement ma fonction, je finirais par ne plus trouver de travail dans ce domaine qui me plaît tant, qui consiste finalement à s’intéresser surtout à l’utilisateur, voire malheureusement à le défendre.

Pour être honnête, je crois en fait que j’ai toujours eu quelques problèmes avec les designers.

Je croyais à l’époque (bien que l’art et la pratique artistique tiennent une grande part dans mon existence) que le « design » était un sujet subalterne dans la mesure où le développement est considéré comme beaucoup plus difficile. Idée fausse, je m’en rends compte, mais entretenue durant mes années d’études en informatique où la simple notion du design de l’interface logicielle au service des utilisateurs humains était traitée comme un « bonus » et le plus souvent, assez négligé.

Par le biais de l’ingénierie, j’ai rejoint un secteur d’activité qui n’a pas fait grand chose pour me faire changer d’avis. Quand je me suis lancée dans les années 2000, j’ai eu, ainsi que de nombreuses autres personnes et jusqu’à récemment, beaucoup de conversations et d’expériences ardues avec des designers qui avaient l’habitude de travailler pour des supports papier. Ils s’étaient retrouvés d’une manière ou d’une autre sur le Web et ce qu’ils faisaient n’était franchement pas beau à voir.

Ils ne comprenaient rien à rien.

Ceux d’entre nous qui faisions des sites web à l’époque, adeptes précoces des véritables standards du Web et des sites conçus pour un grand nombre d’utilisateurs, nous nous acharnions à leur faire comprendre qu’il ne s’agissait pas d’un support imprimé, mais d’un média flexible, changeant, grandissant, réactif et versatile. Mais ils ne comprenaient pas. On s’affrontait sans cesse. J’ai même eu des prises de bec horribles avec le directeur de la création dans mon premier job comme développeuse junior. Chaque jour je remercie la providence que mon directeur de conception actuel accepte de m’entendre le traiter d’idiot et le prenne de manière positive (je ne rigole pas, c’est la vérité <3).

Donc, tout ça m’a laissé un goût assez amer dans la bouche. Je savais au fond de moi que durant ma carrière, il ne faudrait pas seulement que je me tienne à distance de ces gens qui ne comprennent rien à rien, mais également de leurs méthodes de travail, et ce pour une raison simple que j’ai toujours clairement énoncée : « je code, je ne m’occupe pas du design ». Je ne suis pas l’un d’eux, si d’aventure il y avait un eux et un nous.

Cela veut dire que j’ai dû occulter tout ce qui était lié au design dans les entreprises pour lesquelles j’ai travaillé, parce que je n’ai jamais considéré que je faisais partie des équipes de design, où sont généralement prises la plupart des décisions orientées utilisateur (ce qui me semble être une erreur de la part de nombreuses structures, concevoir pour vos utilisateurs devrait être une préoccupation de tout le monde dans votre équipe, quel que soit leur rôle).

Je pense que tous les développeurs devraient être plus concernés par l’expérience du site dans sa globalité, mais je me rends compte que les spécialisations existent et que certains d’entre nous veulent rester plus proche de ce domaine que des autres. Je fais partie de celles qui veulent prendre des décisions tant au niveau du design que du code quand cela est possible. Je veux le beurre et l’argent du beurre.

Avec du recul, le problème n’était pas vraiment lié à la direction artistique quand j’étais débutante. Ce n’était pas les designers qui refusaient de m’inclure dans les processus de décision parce que j’étais développeuse. C’était l’organisation qui voulait ça, car comme beaucoup d’autres, elle ne comprenait pas les enjeux. C’est en partie pour cela que j’ai adoré travailler au fil du temps avec des gens qui les comprenaient, me donnant la possibilité de faire les choses que j’aimais et de revenir sur mes premiers préjugés. Cela a été le cas récemment pour l’e‑administration du gouvernement anglais qui, je le pense sincèrement, a compris cela mieux que n’importe lequel de mes précédents collaborateurs.

Et ce n’est pas seulement les gens incroyables qu’ils ont recrutés (ils ont bien intégré le concept fondamental dans la mentalité du département). Mon contrat actuel me désigne comme « architecte logicielle » mais je suis dans l’équipe de création et ça me plaît beaucoup.

Je ne cherche pas à avoir une étiquette. Je déteste les étiquettes. J’ai horreur du terme « conceptrice de l’expérience utilisateur » parce que je crois toujours que l’expérience utilisateur est un élément fondamental dans ce que vous faites, nul besoin de le mentionner. Il n’y a rien d’autre que l’expérience utilisateur si vous concevez des services pour les utilisateurs.

Cependant, je me soupçonne de l’être et probablement depuis toujours dans l’immense variété de postes que les gens occupent. Développeuse‑conceptrice‑bonne‑à‑tout‑faire‑au‑service‑de‑l’expérience‑utilisateur. Je suis une designer qui code, qui défendra toujours l’expérience utilisateur et sera probablement capable de vous dire comment procéder. Mais je ne m’occuperai jamais des images. Ça vous va comme ça ?

Fiche technique

À propos de l'auteur

Frances est lead développeur front-end et designer de services pour GovUK, à Londres, pour qui elle passe beaucoup de temps à concevoir de meilleures expériences utilisateurs pour les services numériques.

Elle fait également partie du Britpack, encourage à utiliser les microformats, et a été éditrice pour le magazine Digital Web.

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